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Critique : Edge of Tomorrow, les aliens en mode replay

Comme chaque année, le public cinéphile ne peut éviter un des poncifs les plus récurrents du cinéma des années 2000 : le film d’action porté par Tom Cruise. En 2014, il est signé Doug Liman, le réalisateur nerveux de La Mémoire dans la Peau et Mr. et Mrs. Smith. Pas un hasard, puisqu’on retrouve un peu de l’ADN des deux films dans ce Edge of Tomorrow.

Qu’on le veuille ou non, Tom Cruise a un certain don pour amener sa touche aux blockbusters américains. Toute considération d’opinion mise à part (nous ne recréerons pas un débat fumeux sur sa participation à la secte de scientologie), force est de constater que l’acteur qui s’est révélé via Top Gun a su, à travers le nouveau millénaire, apporter une certaine garantie. Celle d’assurer sur ses épaules des scénarios d’action parfois lourdingues comme avec le récent Jack Reacher, parfois simples mais efficaces – on pense aux Mission Impossible, à Minority Report ou même au récent Oblivion.

Cette fois, c’est aux côtés d’Emily Blunt (Looper) que l’acteur va devoir assumer un rôle un tantinet à contre-temps. Lui, le responsable médiatique chargé de redorer le blason d’un corps militaire particulièrement dans le besoin de gros bras va se retrouver rétrogradé au rang de simple soldat, bleu parmi les bleus à quelques heures de l’attaque qui doit sauver l’humanité. Car ce ne sont ni nazis, ni ennemis de l’humanité qui se dressent face à eux mais une sacrée horde d’aliens beaucoup plus bestiolesques qu’humanoïdes. La France et l’Allemagne sont tombées, le débarquement planifié a donc des allures de dernier espoir de la race humaine.

Un jour sans fin VS Le soldat Ryan

Rabaissé par ses camarades de combat qui voient plus en lui un défouloir psychologique qu’une chance de victoire en plus, démoli par un supérieur dont on soupçonne un éventuel lien de sang avec le terrible sergent Hartman de Full Metal Jacket, Bill Cage (Tom Cruise, donc) se fait littéralement dessus. Ce ne sont pas les exosquelettes de combat à taille humaine qui lui serviront une fois sur le champ de bataille : ce Pierre Richard martial ne sait s’en servir, ne serait-ce que pour tirer une quelconque salve.

A quoi bon suivre un personnage destiné à mourir ? Justement en faisant d’une contre-productivité une arme dévastatrice. A l’aide d’une justification scénaristique plausible et cohérente (on le signale puisque ce n’est visiblement plus obligatoire en 2014), le pauvre rookie Tom Cruise va vivre et revivre à l’infini cette effroyable journée. A lui de changer son destin, intimement lié à celui de l’humanité, en déroute face au piège tendu par les envahisseurs des lointaines planètes.

ALL YOU NEED IS KILL

Un “Spawn Kill” jouissif, ça existe

Cette boucle infinie possède la faculté d’être soumise à un savant mélange. Au cours des deux heures de film, l’équilibre est parfaitement maîtrisé entre récurrence et hasard, le tout saupoudré d’une dose particulièrement fraîche de connivence avec le spectateur. L’écueil le plus évident est évité : celui de tomber dans une répétition bête et méchante qui aurait semblé particulièrement lourde. A partir d’une base solide, Doug Liman peut donc laisser libre cours à une mise en scène dynamique et focalisée à outrance sur le duo Blunt-Cruise, solide, qui sait être attachant sans trop tirer sur la corde.

Si l’ensemble du scénario et du contexte narratif est aussi cohérent que plaisant, il le doit à deux choses. D’abord, une base solide sur laquelle a pu s’appuyer la production, à savoir le roman All you need is kill du japonais Hiroshi Sakurazaka. On ne le répétera jamais assez, un roman est d’une aide précieuse tant que l’interprétation cinématographique sait s’en distinguer sans la bafouer : check. Deuxièmement, et d’une manière assez saisissante, l’humour est non seulement partie intégrante du film mais contribue également à alléger les cuirasses métalliques en même temps qu’à dédramatiser une esthétique volontairement pesante.

A mort la mort

La fin du monde est en jeu, certes. Mais c’est précisément l’absence de la peur de la mort qui limite tant les autres histoires de sauvetage héroïque du monde qui rend Edge of Tomorrow particulièrement excitant. Libéré de son fardeau fatal de genre, le film devient un hymne terrible aux funestes échecs et à la persévérance, sans que celle-ci ne tombe dans le cliché militaire.  On y redécouvre quelques scènes que l’on pensait inamovibles du film d’action à grand budget sous l’angle nouveau de l’oubli et de la solitude – la vraie, cette fois, pas ce sentiment factice provoqué par une quelconque causalité familiale. D’ailleurs, de famille, le soldat Bill Cage n’a pas, et le film ne s’y attarde guère. Tant mieux.

On se dit presque que, s’il n’avait pas été autant présenté et produit comme un blockbuster, Edge of Tomorrow aurait peut-être pu être justement considéré comme un grand film de science-fiction, tout court. Dès lors, il aurait troqué quelques failles, comme un fin légèrement prévisible et aux dialogues un tantinet relâchés contre d’autres. Une fois consenti à ce léger sacrifice, le spectateur a droit à des scènes de combat dignes de ce nom, les plus époustouflantes vues au cinéma depuis Gravity. Derrière ses aspects de gros dur, Edge of Tomorrow a de vrais airs de très bonne surprise. Assurément la pépite d’action de ce début d’année.

Robin Souriau

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