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Dragon Ball Z et le rap, une histoire d’amour générationnelle

Il y a parfois des phénomènes qui marquent au fer rouge l’imaginaire de toute une génération : c’est assurément le cas de Dragon Ball. Avec huit ans de diffusion sur TF1 et son fameux Club Dorothée à partir de la fin des années 1980, ce sont plusieurs milliers de jeunes qui ont été façonnés par les Kamé Hamé Ha de Son Goku ou marqués par les pulsions salvatrices d’un Gohan sauveur du monde. Notamment dans le milieu du rap français.

« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », prévenait déjà Charles Aznavour il y a plusieurs années. Et quand on parle de Dragon Ball Z, la règle semble s’appliquer à merveille. Prédécesseur d’une génération Pokémon, le manga d’Akira Toriyama fut l’une des grandes réussites animées de la fin du XXe siècle, à tel point qu’une relation particulière s’est créée entre la série animée et son public. Il suffit d’entendre les cris larmoyants d’un Son Gohan au bord du gouffre, d’un Son Goku héroïque face à Broly ou Freezer, pour frissonner à nouveau… Ceux qui ont véritablement suivi Dragon Ball le savent : on y reste forcément marqué à vie.

Moi, rappeur et Super Guerrier

Du coup, pas étonnant de constater qu’énormément de rappeurs de l’Hexagone, même après avoir dépassé la trentaine, continuent de faire référence à Vegeta et consorts. En 1997, le Saïan Supa Crew fait déjà un clin d’oeil direct au shōnen manga à travers le nom du collectif. Et quelques années plus tard, le phénomène continue de perdurer en France. Dans son dernier album « Dyfrey », Ol Kainry intitulait son morceau bonus Namek, en référence à la fameuse planète de Petit-Cœur. En plus des samples des voix Goku et de Vegeta présents tout au long du morceau entre les couplets, le rappeur de l’Essonne n’hésite pas à glisser quelques images ici et là dans son texte : « Tous les jours je fais les pompes j’veux ressembler à Sangoku ».

Il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir pioché chez Trunks and co pour ses morceaux. Dinos Punchlinovic l’a déjà affirmé dans Namek (un autre morceau que celui d’Ol Kainry), il « gratte [ses] textes à la salle du temps et [va] s’poser sur Namek ». Quelques années auparavant, il se voyait même arriver « dans l’pe-ra en Super Saiyan 4 ». La liste des rappeurs fans du manga japonais est exhaustive, et les cadors du milieu n’échappent pas à la règle. Dans Arabospiritual, Médine comparait ses potentielles réactions à celles de « Kakarotto » (les vrais fans comprendront !) : « Mais toute force de la nature possède les faiblesses d’un corps / Frappe moi le nez si tu veux l’effet de Son Goku ». Vegeta, le meilleur ennemi de Goku et pour beaucoup le personnage le plus thug du manga, fait d’ailleurs office de référence absolue. Dans Salamoualikoum, Rohff est « comme Vegeta, rageux, les bras croisés » alors que dans Avec la haine, Fababy prévient : « Si j’te dois j’paierai pas, haineux comme Vegeta ».

DBZ, puissant fournisseur d’instrus

Mais les MCs puisent aussi dans la bande son de leur manga favori pour poser l’atmosphère de certains de leurs morceaux. Des morceaux cultes avec une instru puisée chez Toriyama et ses hommes, il y en a eu, à l’image d’En ton nom de Bouchées Doubles. Les rappeurs du Havre se sont réapproprié l’un des passages les plus cultes des OAVs : celui où Son Gohan, dernier espoir pour vaincre Bojack, se révèle et vient à bout de tous ses ennemis. Tiers-Monde et Brav s’étaient aussi fait remarquer pour avoir fait venir sur un morceau Éric Legrand, la voix française de Vegeta, pour introduire leur morceau Fier. 

Une bande son géniale qui devrait raviver quelques souvenirs aux fans de la saga. En 2012, Demi-Portion, le rappeur de Sète, avait lui aussi choisi de retravailler ledit extrait sonore pour son morceau Continue d’y croire. En plus, chez HypeSoul, on est sympas, on vous a mis la version originale extraite du manga nippon (voir vidéo ci-après, à partir de 1min22).

Autre symphonie qui sonne familier chez les rappeurs et les fans de DBZ, celle de Tapion et de son ocarina. Cette mélodie fait assurément partie des plus fameuses du manga et a visiblement eu un grand écho chez les lyricistes français. Deux rappeurs l’ont notamment reprise pour poser leur flow dessus. Sultan, dans un premier temps, avec son morceau Enfance déracinée extrait de l’album « Ils sont pas prêts » sorti en 2011. Ensuite, Demi-Portion a poussé le concept encore plus loin avec Dragon Rash (extrait de son prochain projet qui porte le même nom), dont le clip s’inspire directement de Dragon Ball et illustre même Rachid en guerrier Saiyan. Un superbe travail qui, indéniablement, provient d’un inconditionnel du Club Dorothée comme peut l’être aussi Zekwe Ramos (cf. Génération Club Dorothée).

La connexion entre le rap et Dragon Ball Z est finalement toute naturelle. C’est celle d’une génération entière qui a passé des heures entières devant sa télé, regardant Sailor Moon en attendant impatiemment la suite des aventures de Goku et de ses acolytes. Peu importe que les doublages français aient été souvent foireux, frisant même parfois avec le ridicule. Nous, on a aimé Dragon Ball Z. Et aujourd’hui, nous, on aime le rap. Alors forcément, quand le second s’approprie le premier, le résultat est sans appel. La fusion ne peut être que géniale.

Raphaël Copin 

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