HYPESOUL

Le Québec n’est plus un secret pour les fans de Hip-Hop depuis les récents succès de Jeune Loup (R.I.P) et Rowjay. En plein boom actuellement, la scène québécoise peut remercier les précurseurs du mouvement comme Souldia et Koriass qui ont façonnés cette musique axée sur le franglais. Leader et pionnier de la scène locale, Koriass, continue son chemin musical avec un sixième album nommé Abri de fortune (pour fin du monde). Au terme d’un champ lexical apocalyptique et d’une esthétique inspirée du cinéma, ce sixième album se place comme le plus introspectif de la carrière du Québécois.

Peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je suis Koriass, rappeur québécois et Je rappe en français avec des touches d’anglais. Ma musique est introspective, je m’y livre beaucoup. Je suis aussi méticuleux au niveau de la technique et des multi syllabiques. J’ai commencé à entrer dans le rap par les clashs et j’ai actuellement 5 albums à mon actif.

Comment l’époque des clashs t’a-t-elle marqué ?

Je rappais déjà beaucoup avant les battles mais cela m’a apporté de la crédibilité. Les punchlines te permettent de te démarquer plus facilement. Je regardais beaucoup les clashs d’Eminem pour trouver de l’inspiration. C’est néanmoins un domaine qui m’a fatigué assez rapidement car cela devient plus du sport que de la musique avec le temps. Je me suis donc tourné naturellement vers les studios après les clashs.

Quels sont les artistes qui ont marqué au cours de ta carrière que ce soit aux États-Unis ou en France ?

Je suis avant tout un auditeur du rap old school des années 90 en France j’aime beaucoup écouter iam La Cliqua est le secteur Ä et également les premiers albums de Booba dans les années 2000 maintenant je suis pas mal déconnecter de tout ce qui se fait en France je suis plus focaliser sur les États-Unis dans mon adolescence j’ai été beaucoup marqué par le wu tang et Jay-z mais aussi des artistes underground comme Atmosphere et Jedi Mind Tricks

Est-ce que tu as eu des connexions avec des rappeurs anglophones au Canada ?

Non je n’ai jamais vraiment collaborer avec eux à cause de la barrière de la langue. Au Québec on se sent quand même différent de ceux qui parlent anglais. On est un peu un village gaulois implanté en Amérique et on ne s’identifie pas également aux rap canadien. On s’identifie beaucoup plus en tant que rap québécois car c’est notre culture. Il y a néanmoins un gros respect mutuel entre nos scènes et certains rappeurs québécois rap même en anglais.

Quelle vision à tu du rap québécois aujourd’hui ? Penses-tu qu’il est en élévation ou en stagnation ?

On est complètement en plein boom. On a eu un peu de retard dans les années 90 dû au décalage de la langue et de la culture avec le reste du Canada. Mais depuis le début des années 2010 notre scène est vraiment en pleine expansion. Aujourd’hui on a rien à envier à quiconque, notre accent est unique et notre musique aussi. Les français portent aussi beaucoup d’amour à notre scène depuis peu, ce qui montre notre élévation. 

Est-ce que tu te vois comme un leader de cette scène québécoise ?

Je pense qu’un leader est quelqu’un qui guide les gens. Sans vouloir en devenir un il est vrai que j’ai fini par l’être. J’ai été un des premiers à vraiment mettre en avant la scène et a poussé des gens à se lancer. Ma couleur de peau m’a cependant aussi beaucoup aidée au niveau des médias ce qui est triste. Aujourd’hui heureusement les médias sont beaucoup plus multiculturels mais lorsque j’ai commencé il était bien plus simple pour un blanc d’être mis en avant. Pendant longtemps le rap québécois n’a pas vraiment reflété la multiculturalité alors qu’on sait tous que le rap vient des quartiers noirs. C’est je pense une des raisons pour laquelle la scène a été freiné avant les années 2010.

Le franglais caractérise le rap québécois. Comment l’utilise t’on ? 

Le franglais est vraiment notre langue. On l’utilise depuis tout petit et cela représente le Québec. On va dire que 90% de notre rap est basé sur le français et que les 10% restants sont des expressions américaines et des mots qu’on a l’habitude de prononcer en anglais. Je trouve cependant qu’il a été trop utilisé dans notre rap ces dernières années et parfois de façon mauvaise.

Tu sors ton sixième album qui s’appelle abri de fortune pour fin du monde pourquoi avoir choisi ce titre?

L’idée m’est venue car je travaille beaucoup avec ma copine qui fait du design et qui a justement fait une exposition nommée abri de fortune pour fin du monde. Après de nombreuses conversations j’ai décidé de nommer cet album de cette façon. C’est un constat du monde actuel avec cette perpétuelle incertitude due à la crise climatique, la pandémie et toutes les guerres qui sont en train de naître. Je n’en parle pas explicitement dans l’album. C’est plus un champ lexical qui relie chaque morceau. Il y a aussi un rapport géographique dans ce titre avec mon abri qui est le Québec. Je parle beaucoup de l’aspect géographique en passant par la rivière Saint Charles et la 3eme avenue de la ville de Québec. C’est donc également un album de fierté et pour montrer d’où je viens. 

Est ce que tu as une vision pessimiste ou optimiste de l’avenir ? 

Je dirais que je suis plus pessimiste qu’optimiste, je ne vois pas énormément d’espoir dans l’avenir. Il y a énormément d’incertitudes aujourd’hui et la façon dont évolue les hommes n’est pas franchement reluisante. J’essaie de ne pas trop y penser et d’avancer dans mon coin mais c’est vrai que cela m’affecte et c’est une des raisons pour laquelle l’album est né.

La notion de la motivation est très présente dans l’album est-ce que tu as été quelqu’un de très démotivé dans le passé ?

Je le suis toujours actuellement malheureusement. Ces morceaux sont là pour rappeler à l’auditeur qu’il faut être motivé dans la vie mais également pour me motiver moi-même. J’ai tendance à être dans la procrastination et à être  paresseux donc ces morceaux sont cathartiques. Dans la vie il y a eu beaucoup de fois où je disais plus que je ne faisais les choses. Je n’ai pas forcément envie de donner de leçons à des gens mais il est vrai qu’il est essentiel d’être motivé aujourd’hui pour avancer dans ce monde. 

En regardant le clip de Astronef on sent qu’il y a un intérêt cinématographique dans ta musique, est-ce que c’est un domaine qui t’intéresse pour l’avenir ?

J’aime toucher à cet aspect dans ma musique mais je ne sais pas si c’est une bonne idée pour moi de me lancer très concrètement dans le cinéma. Je suis toutefois un grand cinéphile. Pour le clip de “Astronef” j’ai utilisé beaucoup de références de Andreï Tarkovski un des plus grands réalisateurs soviétiques. Tu peux retrouver l’aspect très contemplatif de son cinéma dans mon clip. Si un jour une opportunité se présente à moi dans le cinéma, il est possible que je la prenne. D’ailleurs j’avais déjà fait une audition pour un film québécois qui m’intéressait mais malheureusement je n’ai pas eu le premier rôle. L’avenir me dira si je pourrais me tourner vers cet art. 

Souldia est présent sur l’album, quelle est ta relation avec ce rappeur ? 

On a toujours eu un respect mutuel et on a commencé à se croiser dans des shows. On a vraiment commencé à être pote avec l’émisssion la fin des faibles que j’anime au Québec. C’est une compétition de rap semblable aux End of the week des États-Unis. Maintenant on se parle fréquemment et on pense collaborer encore plus à l’avenir. 

Tu parles aussi beaucoup de ta copine sur cet album, est-ce que ça a été une source d’inspiration pour toi ?

Avec les années je me suis rendu compte que j’avais peut-être besoin de quelqu’un qui fait de l’art pour m’épauler dans ma vie. Les échanges avec elles sont vraiment stimulants pour mon art. Ils me permettent d’élargir mon esprit et de m’ouvrir sur d’autres choses. On peut donc dire que oui elle fait partie de l’âme de cet album.

Tu pars en tournée cette année, est-ce qu’on peut espérer te voir en France ?

Pour l’instant il n’y a rien de prévu à cause de la pandémie, on va voir comment ça va se développer et si l’album marche bien dans l’Hexagone. En tout cas je tiens à remercier tous les Français qui me suivent depuis quelques années et j’espère venir vous rencontrer d’ici peu. 

HYPESOUL
Hervé Malo
Jeune breton né le 5 mars 2002 à Saint-Nazaire et fan de Kendrick Lamar.

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