HYPESOUL

Dans le monde de la musique depuis presque 10 ans, Naë a toujours chanté et composé ses morceaux avec le cœur. Après un premier EP en anglais sorti en 2018 et des collaborations remarquées avec Nekfeu ou Chilla, l’artiste originaire de Bordeaux revient en 2022 avec le projet Nombreuse. Dans cet EP de 8 titres en français, elle dévoile toutes ses facettes et talents et prend ses marques dans la scène française neo soul. Une discussion à cœur ouvert avec Naë à découvrir !

Salut Naë, tu as sorti ton EP Nombreuse il y a quelques semaines, comment te sens-tu ?

Je me sens bien. Je me sens soulagée d’avoir sorti ce projet. Il y a de l’excitation aussi de voir ce que ça va donner, de voir comment ça va être reçu par le public et ce que ça dit sur mes morceaux.

Tu chantais auparavant en anglais et tu as choisi de revenir sur le devant de la scène et de chanter en français. En 2021, tu sors le 1er extrait de ton EP : “Éclair”, que représente ce titre pour toi et comment l’as-tu pensé ?

« Éclair » je l’ai composé avec mon bras droit Plae Casi, qui est mon claviériste sur scène et mon meilleur pote dans la vie. Je l’avais composé toute seule au départ et ensuite je suis allée en studio avec lui et on l’a maquetté. J’ai fini de l’écrire avec Jérôme Attal, qui est un des soldats de l’équipe avec qui j’ai beaucoup co-écrit sur l’EP. Pour moi, ce titre il représente une première prise de parole entre l’époque où j’étais complètement indépendante et où je menais ma barque, et le moment d’aujourd’hui où je suis signée avec des équipes. C’est un peu le premier morceau qui a créé cette cassure.

Au-delà de ça, c’est un morceau qui est entraînant, dans lequel j’ai pu mettre un peu plus de mon identité. Même visuellement, je me suis éclatée à faire un clip que j’avais envie de faire avec Sidney. Il symbolise plein de bonnes choses. C’est un texte en soi qui parle d’amour. Je l’ai sorti sans trop me projeter et à partir de là j’ai pu construire le process de création de l’EP.

Peux-tu nous parler de la genèse de l’EP et l’histoire derrière le titre Nombreuse ?

L’EP s’est construit sur deux grosses années de recherche en studio, de compositions, de ratures. À un moment donné, le nom Nombreuse est arrivé parce qu’autour de tout ces morceaux qui paraissaient un peu éclectiques mais qui allaient de pair avec ce que je suis dans la vie.

Je suis multiple, j’ai plein de facettes, plein d’envies et de personnalités qui sont parfois contradictoires. Je me sentais souvent en décalage avec les attentes que peuvent avoir les gens ou la société qui veut te mettre dans une case et que tu te choisisses.

Moi je trouve ça impossible de faire. Ça s’est matérialisé dans la musique car on te demande de te mettre dans une catégorie. Et pour moi l’anti-propos c’était de justifier ça par le nom Nombreuse. Il n’y a rien d’arrêté avec ce mot, pas d’idées fermées. Et je trouvais que ça habillait bien le propos de mon projet et les couleurs musicales. Ça m’est venu au hasard d’une discussion avec une amie. Je suis contente que cet EP arrive là-dessus car ça m’aide à encore plus m’émanciper pour un album à venir.

As-tu un morceau dont t’es la plus fière ? 

« Le 13 », c’est le morceau que j’aime le plus. Quand je l’ai composé, j’étais pas bien. Et une fois l’avoir écrit, j’allais mieux. Et juste cet état-là, ce passage, il est trop bien. Tu te dis que la musique et l’écriture c’est un outil puissant.

Et quand t’as l’impression de te prendre le poids de la vie sur tes épaules, sur un élan de désespoir t’écris quelque chose. Sans te projeter, sans te dire que ce sera un banger ou si ça va plaire, juste savoir que ça te fait du bien. Le fait d’avoir exorcisé cette histoire qui est réelle et concrète, dans laquelle je me raconte, ça m’a fait un bien fou. Et étrangement, même si je ne crois pas au hasard, c’est le morceau qui plaît le plus. J’ai eu le plus de retours des gens qui ont pu s’identifier sur le morceau et même dans la mélodie. C’est le morceau sur lequel j’ai été la plus sincère et la plus brute. Et c’est pour ça que je le kiffe.

J’aime beaucoup le morceau “Le Love” et ce que tu dis dedans, est-ce que tu penses que l’amour peut triompher de tout, qu’il permet de surmonter tous les obstacles ?  

Oui. Dis comme ça, ça paraît bateau et utopiste mais c’est une réalité. Pour avoir vécu un peu, 26 ans de vie sur Terre, je me suis rendue compte qu’à chaque fois que j’ai été confrontée à des gros coups durs de la vie qui te laissent en état de sidération, et bien l’amour, pour soi avec la notion de dignité et de l’amour qu’on s’offre, mais aussi l’amour pour l’autre, l’amour pour Dieu, ça contribue et ça te permet d’avancer. Je suis convaincue que l’amour c’est la plus puissante des armes. Mais pour ça il faut vraiment connaître sa valeur. C’est pas seulement une relation amoureuse, c’est l’amour que tu te portes à toi tous les jours. Et ça doit être moteur. Moi c’est mon moteur premier.

Dans le titre “Plume”, tu racontes qu’en tant que femme, on ne choisit pas la case dans laquelle on nous met. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire sur ce sujet ?

Je l’ai co-écrit avec Jérôme Attal, c’est venu d’une session qu’on faisait en studio. J’avais déjà l’instru et la topline et je le trouvais un peu épique avec les voix. C’est venu naturellement car j’avais ce besoin de sortir du thème relations amoureuses et de parler plus de moi, en ma personne, mon rapport à moi et de ce que ça renvoie d’être une femme aux yeux de la société. J’avais ce besoin d’en parler, c’est venu d’un ras-le-bol, d’un constat triste qu’on vit au quotidien.

Le rapport hommes-femmes de subordination, de soumission, d’incohérence, etc. C’était important pour moi de le faire sur l’EP car c’est un court format où t’as l’impression d’être pressée. C’est comme si t’avais que 20 min pour avoir une prise de parole qui permet de s’identifier, alors qu’un album donne plus de liberté. Mais il fallait que j’intègre ce thème qui va prendre tout son sens sur l’album. Ça a clairement influencé la suite de la thématique de l’album. Je sors totalement du cadre amour toxique, soumission et contraintes. Sur l’album, je vais aborder le côté détermination, réveil et force.

Tu fais de la musique depuis 10 ans, comment as-tu construit ton identité en tant qu’artiste ?

Elle se construit par défaut, en parallèle de ma construction humaine. Quand j’avais 16 ans, j’avais des idées bien arrêtées, je traversais des choses difficiles. À côté, j’avais la musique qui me permettait d’avoir une soupape, j’ai fait plein de rencontres et de voyages. De mes 16 ans à aujourd’hui, 10 ans après, ça a été une perpétuelle construction. Une évolution lente, sur le plan humain et artistique. J’ai jamais vraiment prémédité ce que je voulais devenir. Ça se fait naturellement. L’image que j’ai aujourd’hui, elle peut évoluer demain. Je sais juste que j’arrive à me sentir à ma place, où que je sois. Je pense que c’est ça de se trouver humainement et artistiquement.

Est-ce que tu te souviens du moment où tu t’es dit que tu voulais te lancer à fond dans la musique et en faire ton métier ?

C’est arrivé à l’âge de 19 ou 20 ans. J’ai passé le Bac et j’ai fait une année de BTS MUC en alternance. J’aimais bien le fait de bosser et de faire des concerts en parallèle mais à un moment j’ai décidé de pas aller en deuxième année. J’avais des potes à Bordeaux qui montaient un label qui s’appelle Pepper Hills Music et ils m’ont dit de les rejoindre. C’est là où je me suis vraiment lancée dans le grand bain.

Tu écoutais quoi comme chanson quand tu étais petite et quelles ont été tes influences musicales en grandissant ? 

J’ai un père musicien guitariste chanteur amateur. Il reprenait des standards de rock des années 60, 70, 80, une mère dans la variété et deux grands frères dans le rock et le rap. J’ai eu un éventail de possibilités et d’influences musicales. Tout est venu à moi et j’étais une enfant curieuse qui prenait ce que la vie lui donnait et qui en faisait des choses.

À quel moment te sens-tu le plus à l’aise en tant qu’artiste : quand tu composes dans ton environnement personnel, quand tu interprètes ta musique en live, en studio…?

Plutôt la nuit, dans ma chambre, avec des bougies et de l’encens. Mais aussi la nuit ou le jour devant un public en live où t’es dans le moment et dans l’instant, je me sens tout aussi bien. Dans les deux cas je me sens bien. Et au milieu de ça, les moments en studio avec les gars à partager les points de vue et les idées, c’est cool aussi. J’arriverais pas à choisir car les trois sont la recette idéale pour mon bien-être.

Tu voudrais qu’on retienne quoi de toi et ta musique après l’écoute de ton EP ?

La première chose sur laquelle je suis la plus soucieuse c’est qu’on retienne que je suis quelqu’un de profond, de sincère et sensible. Et que c’est ok d’être sensible. Qu’on retienne aussi l’émotion que ma musique peut transmettre. Si la personne a eu des frissons, ou des images dans la tête ou si elle a pu s’identifier ou l’aider à éclaircir des choses. Je veux qu’on retienne que ma musique elle permet aussi ça, sans prétentions aucunes. Je pense que quand t’es sincère et profond, ta musique est un miroir et les gens le ressentent.

Quelles sont tes prochaines actualités ?

J’ai des dates, je fais les premières parties de Christophe Maé et je me prends plein de belles vibes, je rencontre le public qui découvre ma musique et mon univers, c’est une chouette opportunité. Et je suis en studio, j’enregistre, j’écris. L’idée c’est de sortir un projet un peu plus grand dans lequel je me raconte encore plus.

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Eliane
Avant, je passais toutes mes soirées en concert à Paris pour voir mes artistes R&B préférés ! Mais ça c'était avant.

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