20 ans auparavant, la mixtape était un des meilleurs moyens pour se faire connaître dans le milieu du rap. Aujourd’hui, des mixtapes sont élaborés comme des albums, amenant le terme et le format à disparaitre ? Retour sur l’histoire de cet outil indispensable pour tout rappeur.

Aujourd’hui, pour se faire connaître dans le rap, il suffit d’un peu de matos mais surtout d’une bonne connexion internet. N’importe qui peut sortir un son et passer de l’ombre à la lumière en un rien de temps. Mais au début du millénaire, à l’heure où le streaming n’existe toujours pas, la donne est complètement différente. Si les labels musicaux décident de qui va marcher ou non dans le game, les DJ, eux, décident de la tendance musicale du Hip Hop via leurs mixtapes vendus directement dans la rue.

Une mixtape c’est quoi ?

Initialement, une mixtape est une compilation. On pouvait y retrouver les nouveaux singles et des freestyles sur face B des rappeurs d’aujourd’hui et de demain. Le marché des mixtapes étaient régis par les DJ (DJ Clue, Funk Master Flex ou Kid Capri pour ne citer qu’eux). Plus le DJ est connu plus la mixtape est gage de qualité. Mais la mixtape en elle même n’est pas un produit tout à fait légal. En effet, les DJ commercialisent leurs compilations en mettant en avant les singles du moment. On est pas tout à fait dans le légal certes. Cependant, ces mixtapes permettaient également de mettre en avant un certain nombre de rappeurs, encore inconnus à l’époque. La mixtape faisait donc office de scouting pour les maisons de disque. Ça permettait de repérer les possibles stars de demain (ex: Joe Budden).

Joe Budden – Sing For The Moment (Freestyle)

50 Cent révolutionnaire de la mixtape

50 Cent est l’un des premiers à révolutionner le marché de la mixtape. Après s’être fait tirer dessus, 50 se retrouve sans label. Il s’entoure de Sha Money XL, stagiaire chez Def Jam, et du cousin de ce dernier, DJ Whoo Kid. Accompagné de Lloyd Banks et Tony Yayo, ils sortiront la première tape de 50 Cent sans le “sponsoring” d’un DJ local. C’est à partir de ce moment que la mixtape évolue. Il ne s’agit plus d’une simple compilation mais plutôt d’un street-album.

50 Cent – Bad News (Feat. Lloyd Banks & Tony Yayo)

Pourquoi street-album ? Le projet n’a aucun distributeur, tout est fait avec les moyens du bords. Ces nouvelles mixtapes sont vendus directement dans la rue pour satisfaire les fan’s de la première heure. Sha Money qualifiait la mixtape 50 Cent is the Future, comme de la Blue Magic. La mixtape a fait l’effet d’une bombe dans les rues de New York. C’est grâce à l’une de ces mixtapes qu’Eminem repèrera 50. Il le signera par la suite sur son label et celui de Dre. Quelques semaines après avoir sorti son album Get Rich or Die Tryin, il sortira une nouvelle mixtape et lancera quelques temps plus tard la série des mixtapes G-Unit Radio.

Apothéose et nouvelle mue

Les mixtapes deviennent un énorme outil de communication. Elles instaurent une nouvelle compétition où tel artiste peut montrer qu’il peut être meilleur que tel rappeur sur sa propre instru. Il était coutume de sortir généralement une mixtape quelques semaines avant l’album afin de faire monter le buzz de l’artiste en question. Les DJ ont du se réinventer maintenant que les rappeurs sortent leurs propres mixtapes. Afin de garder cette étiquette de scouting, les DJ s’associent aux artistes pour sortir leurs mixtape. DJ Drama, connu pour son travail avec la branche sudiste du Hip Hop (Atlanta, New Orleas, Houston), était en quelques sortes le DJ à mixtape. Pour être sûr d’avoir un minimum de buzz, il était presque obligatoire d’avoir sa mixtape Gangsta Grillz avec DJ Drama. Par la suite, de nombreux DJ étaient sollicités pour pouvoir “hoster” les mixtapes des rappeurs.

Lil Wayne – Ambitionz Az A Ridah (Freestyle)

Fin 2000, le marché des mixtapes est en pleine expansion. En plus de trouver ces tapes sur la célèbre Canal Street de New York, vous pouviez en trouver également dans les barbershops, les bodegas et même dans certains magasins de CD. Suite à l’avènement de la mixtape, la paix entre les labels et les DJ ne tient plus qu’à un fil. La presse papier et internet considèrent certaines mixtapes meilleurs que certains albums officiels, ce qui en somme est une mauvaise pub pour les maisons de disques. En 2007, le FBI fait une descente dans les studios de DJ Drama et DJ Cannon à Atlanta et saisissent des tonnes de mixtapes destinées à la vente. Cette descente sonna le glas de la vente de mixtape, mais démarra une nouvelle ère.

De Street-Album à Free Album

Comme vu précédemment, Internet permet à n’importe qui de proposer ses beats ou même de rapper. Ces dernières années nous avons pu assister à l’émergence d’une nouvelle génération de rappeur qui ont réinventé le concept de la mixtape. Le public a pu faire connaissance avec des rappeurs comme Wiz Khalifa, J. Cole ou Kendrick Lamar avec respectivement Kush & OJ, The Warm Up et Overly Dedicated. Là où la mixtape de base était principalement composée de nombreuses faces B, ces trois mixtapes sont constituées de titres 100% inédits.

Pop Smoke – Dior

Aujourd’hui, les mixtapes sont considérées comme des projets à part entière où la direction artistique n’appartient qu’à l’artiste lui-même. Façonnée parfois comme un album, elles permettent de satisfaire les auditeurs avec un projet sans freestyle et avec des titres inédits. La mixtape d’aujourd’hui est plutôt considéré comme un album gratuit, qui permet également de satisfaire les fans de la première heure. Canal Street a été remplacée par les grandes avenues du Web. Aujourd’hui, des centaines de mixtape voient le jour sur les sites internet spécialisés. Le nombre de téléchargement d’une mixtape peut facilement rivaliser avec les ventes physiques ou les streams d’un rappeur actuel.

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