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Voyage au cœur de l’intime avec Alicia

Alicia nous emmène dans son monde à la découverte de son projet SKO. Rencontre.

Crédit : Bettina Pittaluga
HYPESOUL

Douée d’une sensibilité rare, Alicia nous transporte avec son EP, SKO. Une ballade au coeur de l’intime où la jeune femme se livre sans concession. Dans cet entretien, Alicia se confie sur ses débuts de jeune artiste, parle de son amour pour Jacques Brel et décrypte pour nous les plus belles chansons de son projet. Rencontre. 

Qui es-tu ? 

Moi c’est Alicia, je fais de la musique depuis 3 ans. J’ai commencé par faire des sons un peu pop, latinos, et de la variété. Petit à petit j’aimerais me tourner vers des sonorités plus RnB, trap/soul, car je trouve que j’ai une voix qui s’y prête bien, et qu’il y a un créneau à prendre ici en France. J’aimerais être là personne qui met en avant ce beau style de musique !

Tu as signé en label récemment, en quoi cela a changé ta façon de faire de la musique ? 

J’ai signé il n’y a pas longtemps donc assez jeune. Ça a changé beaucoup de choses d’un coup parce que je suis partie de rien, sans aucune ressource. A partir du moment où j’ai signé j’ai compris ce que c’était de travailler en studio avec une équipe qui était là pour moi. Signer en label m’a apporté beaucoup de soutien moral, et j’en avais besoin car je n’avais pas vraiment confiance en moi. C’est un peu comme ma famille, maintenant. Ça a aussi amplifié l’amour que j’ai pour la musique !

Comment vis- tu ta nouvelle vie d’artiste ? 

Très bien ! C’est ce que j’ai toujours voulu. Avec ce métier, je n’ai pas vraiment de contraintes. Je suis une personne qui n’aimait pas vraiment l’école, là je ne m’enferme pas dans une routine. Le gros plus c’est que je fais vraiment ce que j’aime ! Même si cela peut-être un éprouvant physiquement avec les concerts, les heures passées au studio,… Je me dis que tant que je kiffe, je trouverai toujours un peu de niaque ! (Rires).

J’ai énormément écouté Jacques Brel, et si j’avais pu faire un feat avec quelqu’un, ça aurait été lui.

Sur Insta tu partages pas mal de covers d’artistes aux univers très différents, quelles sont tes plus grosses inspirations ?

Tous les jours ça change ! Moi j’ai toujours dit que la chanson française est la plus belle. J’ai énormément écouté Jacques Brel, et si j’avais pu faire un feat avec quelqu’un, ça aurait été lui. Il a une manière de s’exprimer assez différente des autres, et des paroles incroyables. J’ai aussi beaucoup écouté du rap, du RnB. Là je suis dans ma période Sabrina Claudio, Frank Ocean, Summer Walker… ça me transporte !

C’est Jacques Brel qui t’a donné envie de faire de la musique ? 

Je pense que la chose qui m’a donné envie de faire de la musique c’est l’ennui. Un truc à savoir sur moi c’est que je suis une personne qui s’ennuie vite et qui a toujours besoin de faire quelque chose. Je me suis demandée dans quoi je pouvais m’investir sans m’ennuyer, et c’est là que j’ai essayé la musique. Je sentais que grâce à ça je pouvais m’exprimer, je me suis vraiment pris d’amour pour cet art

Quand j’ai commencé, je faisais beaucoup de covers de Jacques Brel sur Instagram, et ça m’a beaucoup aidé. En chantant moi-même les écrits de quelqu’un d’autre, j’arrivais à comprendre les mots, la structure… A cette époque je ne savais pas écrire, mais je voulais apprendre à reproduire la façon dont il posait ses mots en chanson. 

Finalement tu es un peu tombée dans la musique par hasard ? 

Et bien c’est drôle car j’ai appris assez tard que mes oncles avaient fait partie d’un groupe de rap nommé ATK. Mais ça n’a jamais été la raison pour laquelle je suis tombée dedans. A la maison, ma mère écoutait beaucoup d’Alicia Keys, d’où mon prénom (rires). Mes grands-parents étaient tout le temps branchés sur France Inter. Ils avaient une énorme collection de CD, avec les intégrales de Jacques Brel et Barbara. C’est de là que me vient mon amour pour la variété française de mon papi.

Sinon personne ne m’a appris à changer ou à jouer d’un instrument. Le piano par exemple, j’ai appris ça toute seule sur un coup de tête ! C’est un ami à moi qui m’a vendu son vieux piano pour 50 euros. Depuis je ne le quitte plus, c’est devenu le symbole de mes débuts.

Pour ce premier EP, il fallait un titre qui me ressemble

J’aimerais revenir sur ton EP SKO. Qu’est-ce que cela signifie ? 

SKO pour Siokau, mon troisième prénom. C’est aussi le prénom de mon arrière grand mère, qui avait le même tempérament que moi. J’ai hérité de son nom et j’ai trouvé ça très symbolique. 

Pour ce premier EP, il fallait un titre qui me ressemble, même si musicalement je me cherche encore un peu. 

C’est un EP qui se veut très personnel… 

Oui bien sûr. Pour moi le titre de l’EP doit être un concentré de tout ce qu’il y a dans le projet. Dans « Coeur Bleu » il y a un peu de moi, dans « Reine » aussi… Il y a une petite partie de moi dans l’EP, mais on y est pas à 100%. 

J’aimerais revenir sur certains titres à commencer par « Coeur Bleu ». Tu ouvres avec ce morceaux, de quoi parle-t-il ? 

Ce titre je l’ai écrit quand j’étais encore avec mon ex, tout se passait très bien. C’est étrange car ce son est assez triste mais chargé d’espoir. Je dis qu’il a tout ce qu’il faut pour me faire plaisir mais quand il est loin de moi, je me sens très seule. Cela me fait énormément de bien quand je suis accompagnée, mais que reste-il de moi quand je suis seule ? Entrer avec ce titre, c’était vraiment quelque chose de très fort.

J’aime beaucoup ce morceau, c’est celui que j’ai écrit en dernier. Il nous manquait 1 ou 2 sons pour dire que le projet c’était SKO, et “Coeur Bleu” était le morceau idéal pour ça.

Tu mets beaucoup d’amour dans tes chansons, et j’ai eu le sentiment en écoutant l’EP que c’était souvent compliqué…

C’est à cause de mon vécu. Je suis déjà tombée amoureuse mais je ne pense pas l’avoir vécu jusqu’au bout. Quand j’étais avec mon ex et quand j’ai écris “Coeur Bleu”, j’avais l’impression d’être seule. Néanmoins ce n’était pas normal car j’étais en couple, et j’écrivais des sons un peu tristes. J’avais pourtant tout ce qu’il fallait pour être heureuse, d’où ce morceau. 

J’ai vécu avec ma mère très longtemps, c’était une femme célibataire avec 4 enfants. Elle a toujours eu des relations compliquées, et c’est ce que j’ai retranscrit sur “EDEMWA”. Je suis quelqu’un qui ne se base pas seulement sur ce qu’elle a vécu. 

Peut-être qu’un jour quelqu’un prendra mon cœur et fera en sorte qu’il aille mieux. A ce moment j’aurai envie de le montrer, mais pour l’instant je fais ça comme ça, car ça me ressemble. C’est peu ma façon à moi de voir l’amour. 

Le deuxième morceau sur lequel j’aimerais qu’on s’arrête, c’est “Reine”. Je l’ai trouvé un peu différent des autres, beaucoup plus rythmé. Pourquoi l’avoir construit de cette façon ? 

J’avais fait “Coeur Bleu”, et j’étais avec un très bon ami à moi avec qui je partageais une coloc. Un soir on est allés chez un beatmaker, pour faire du son. C’était pas du tout prévu, on avait aucune prod sur nous, mais on s’est dit “Aller on y va quand même !”. Je voulais vraiment quelque chose de marquant, qui me ressemble. Il a commencé à me faire écouter pas mal d’instru et sur la dernière, il me dit “tu sais sur celle-ci personne n’a réussi à poser dessus, j’aimerais bien que tu tentes un truc.” Je n’étais pas trop sûre au début, mais finalement le titre était incroyable ! 

C’est le son d’une femme forte. Quand tu entends les battements tu peux te visualiser une femme en talons marchant dans une grande allée. Finalement elle en impose tellement que tu ne peux rien faire à part la regarder !

Ce sont des paroles qui traduisent une certaine maturité chez toi…

J’ai toujours été en avance sur certaines choses. Dans la vie je me vois comme ça car je n’ai besoin de personne pour avancer. Je suis une personne très sociable, mais ce n’est pas pour autant que je fais amie-amie avec tout le monde. Je m’impose, tu l’acceptes tant mieux, tu ne l’acceptes pas, cela ne changera rien à ma vie !

Il ne faut pas que les gens le ressentent de façon péjorative. La femme est assez forte pour se démarquer seule. Elle n’a pas besoin de quelqu’un d’autre à son bras, elle peut marcher toute seule. Même si mon style de musique tend à être un peu fleur bleue, je m’arrangerai toujours pour mettre un point sur la table, quand cela est nécessaire. 

« EDEMWA » c’est un concentré de choses qui arrivent très vite, mais qui se font de manière innée, et c’est magnifique.

C’est ta mère qui t’a inspiré le morceau “EDEMWA”, tu peux me dire comment s’est passé la création de ce titre ? 

J’ai vécu un temps chez une très bonne amie quand j’étais à Montauban. Un soir elle m’a raconté les problèmes que sa mère et sa grand-mère avaient rencontré dans leur vie. C’était au même moment où les faits de violences domestiques envers les femmes étaient mis en avant dans les médias. Je trouvais ça important qu’on en parle, car c’est aussi des choses que j’ai connues. Je pensais que c’était enfin le moment d’en parler car jusqu’à présent j’avais toujours tout gardé pour moi.

J’ai beaucoup hésité avant de me lancer, sans doute par manque de courage et de confiance en moi. C’est donc après cette soirée que j’ai pris mon piano, il n’est jamais très loin celui-là (rires). Après 4 accords, les paroles sont venues très naturellement.

Je suis ensuite montée à Paris pour enregistrer le morceau. C’était un moment très fort, il s’est vraiment passé un truc dans le studio. « EDEMWA » c’est un concentré de choses qui arrivent très vite, mais qui se font de manière innée, et c’est magnifique.

Ce titre m’a apporté énormément de choses. C’est grâce à lui que j’ai fait mon duo avec Grand Corps Malade, il a aussi permis à ce que ma mère se sente mieux.

« EDEMWA » c’est aussi un hashtag. Tu as proposé à ta communauté de poser sur ce morceau et de le relayer sur Instagram. J’imagine que cela lui a donné encore une autre dimension…

Je n’ai pas eu énormément de vues sur cette vidéo, mais je pense qu’elle a touché les gens. Quand tu as vécu ça, tu ne peux pas l’écouter et passer ton chemin. Les personnes qui ont repris le morceau, l’ont fait avant tout pour eux, pour se sentir bien. C’est ce qui lui a donné du sens.

Tu as récemment travaillé avec Grand Corps Malade, sur son projet Mesdames. Comment as-tu vécu cette expérience ?

Tu n’imagines même pas ! J’étais dans mon lit quand j’ai reçu la proposition de faire un son avec lui (rires). C’est ma sœur qui m’a fait découvrir Grand Corps Malade, je me souviens qu’on l’écoutait toutes les deux dans notre chambre. Quand je l’ai rencontré il était vraiment détente, alors que moi c’était tout l’inverse ! Il avait écouté « EDEMWA » et me voulait sur son projet, j’étais vraiment trop contente !

Quelques semaines plus tard, j’arrive au studio, avec un peu de retard, la honte… Tout le monde était très zen, j’ai tout de suite accroché à l’ambiance de la pièce. J’ai sorti mon petit carnet avec mon texte, et il me dit « allez, tu nous le fais là, comme ça », tout le monde me regardait, je me suis même trompée… Finalement il a adoré et m’a dit que c’était super !

J’étais très fière de moi et aussi surprise d’avoir réussi à choquer Grand Corps Malade sur ce son.

J’étais très fière de moi et aussi surprise d’avoir réussi à choquer Grand Corps Malade sur ce son. C’est une personne qui m’a beaucoup aidé et qui est humainement incroyable. C’est comme un grand frère, il prend vraiment soin de toi, et à aucun moment il ne te fait ressentir qu’il est plus grand que toi.

Tu peux me parler du son ?

Ça parle de la condition des jeunes de banlieues. Lui il vient de la banlieue de Saint-Denis. D’ailleurs il a été à l’école avec ma mère (rires). Il y avait quelque chose dans le son que je comprenais. J’avais compris qu’il y avait deux mondes. Le monde de ceux qui ont une chance, et le monde de ceux qui la cherchent. Quand il m’a demandé d’écrire sur ce son, je me suis sentie concernée et impliquée. Pour moi la phrase forte de ce morceau c’est « tais-toi et bouffe », qui résume bien cette condition. J’aimerais que ceux qui ont cette chance, l’écoutent et réalisent la chance qu’ils ont. A l’inverse, pour ceux qui sont de l’autre côté, on pense à vous, vous êtes pas seuls.

Dans tes textes tu dénonces les violences faites aux femmes, les inégalités sociales, le racisme,… Est-ce que la musique doit servir à faire passer des messages politiques ?

Oui bien sûr ! On a eu une période où Angèle défendait la cause féministe, mais après j’ai eu le sentiment qu’il n’y avait plus personne pour dire certaines vérités. La musique c’est un super moyen d’expression, ce que j’aime c’est qu’il y aura toujours des gens pour essayer de comprendre ce que tu dis. On peut caler plein d’idées dans un seul son. Par exemple Kalash Criminel, c’est le champion, il dénonce beaucoup de choses dans ses textes. Ce qui est super c’est qu’il existe plusieurs degrés de compréhension et chacun peut y voir ce qu’il veut. Mais plus de 50% du temps dans le rap, c’est avant tout pour dénoncer une condition.

Tu fais de la musique quand tu as quelque chose à dire. C’est un beau moyen de communication et d’expression !

Il y a quelque temps, j’ai rencontré Tsew The Kid lors d’une interview. On a parlé de toi et voici ce qu’il a dit :”Ce que j’ai toujours aimé chez elle, c’est son aura, elle s’affirme et ça de façon très naturelle. Elle est aussi très forte en musique, elle progresse très vite”. Toi comment tu te vois en tant qu’artiste ?

Tout pareil (rires) ! Je pense que je peux apporter un truc en plus à la musique française. J’ai encore plein de choses à prouver et je veux le montrer. Je ne pourrai pas te dire ce que j’ai en plus mais si je fais de la musique et si on m’écoute c’est parce qu’il y a ce petit quelque chose.

Le 29 janvier prochain on aura la chance de te voir sur scène à la Maroquinerie à Paris. As-tu hâte de retrouver ton public ?

Bien sûr ! Là dans ma tête c’est l’euphorie ! Je ne fais qu’un seul concert avec mon vrai public, c’était juste avant le confinement. Je me rends compte à quel point ça me manque. Il y avait une ambiance incroyable dans la salle, les gens chantaient mes musiques, jamais je n’avais ressenti une telle énergie. Ce n’était plus comme sur les réseaux sociaux, là c’était réel !

Justement en parlant réseaux sociaux, appréhendais-tu de rencontrer ta communauté d’abonnés sur scène ?

Je pensais qu’il n’y aurait personne (rires). Quand on m’a dit que la salle était complète, je n’y croyais pas du tout. J’ai toujours eu un problème avec les réseaux sociaux, je m’y suis mise super tard. Je suis une personne qui préfère la présence humaine au virtuel, donc j’avais du mal à croire que la salle allait se remplir. Avoir des milliers d’abonnés c’est une chose, remplir une salle de concert en est une autre.

Finalement quand le concert a commencé et que je me suis retrouvée devant mon public, j’ai eu l’impression d’être en famille, c’était génial. Sur scène je ne dois rien à personne si ce n’est donner un peu de bonheur et un peu de plaisir !

As-tu un message à faire passer à tes abonnés ?

Merci ! Je ne sais pas si cela suffit mais merci ! Que serais-je sans vous ? Très peu de choses. Alors merci d’être là et merci d’être vous !

SKO est à streamer ci-dessous :

 

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