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Test : Call of Duty Advanced Warfare (PS4, Xbox One)

Onzième titre de la série, second sur next-gen et deuxième sous la responsabilité de Sledgehammer Studios, déjà responsable de Modern Warfare 3 en 2011. Une avalanche de chiffres pour une sortie majeure des line-up de la PS4 et de la Xbox One. Call of Duty : Advanced Warfare veut frapper fort, à défaut d’être chirurgical. Dissection.

« Advanced ». Voilà un qualificatif de guerre dont seuls les nostalgiques des jeux de stratégie sur Game Boy pensaient pouvoir être témoins. Exit Treyarch et Infinity Ward : c’est Sledgehammer Games qui s’occupe du développement de Call of Duty : Advanced Warfare. La série reprend les accents futuristes qu’elle explore depuis maintenant quelques opus. Elle pousse le vice jusqu’à aller se projeter dans plus de 40 ans. Un saut générationnel que les joueurs aimeraient voir traduit techniquement dans Advanced Warfare, bien déçus d’un épisode Ghosts à la fois visuellement timoré et surtout, ô malheur, décevant dans le contenu.

exo squelette call of duty advanced warfare

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Une guerre qui coûte un bras

Comme tout Call Of Duty qui se respecte (au moins dans la théorie), la force d’Advanced Warfare doit venir d’une campagne solo solide, prenante et convaincante. A l’inverse de son rival Battlefield qui mise tout sur le multijoueur, la série d’Activision a toujours voulu frapper un grand coup dès son expérience purement individuelle. Transportons-nous donc en 2054, dans un monde sensiblement identique au nôtre. En 40 ans, la Chine n’a pas déclenché deux guerres mondiales. La Russie n’a pas fait revivre sa flemme soviétique. Le Venezuela n’a pas renversé les échanges internationaux. Il faut donc rapidement trouver un fauteur de trouble digne de mettre le sort du monde entre les mains d’héroïques infanteries militaires.

Faisons donc confiance à la Corée du Nord pour lancer les hostilités. C’est dans un Séoul sous siège que le joueur fait la connaissance de celui qui sera son alter ego pour une quinzaine de missions et une dizaine d’heures de jeu. Bonjour John Mitchell, soldat quidam honnête, brave et un brin candide, comme Call Of Duty sait tant les modeler. La Corée et son métal brûlant et dilatant sert de rite d’initiation technique pour Advanced Warfare, dans un premier niveau bien plus démonstratif qu’autre chose. Un peu à la manière de Killzone : Shadow Fall au moment de la sortie de la PS4.

Le résultat est plus que prenant. Le FPS est clairement au niveau des attentes placées en lui. Contrairement au précédent Ghosts, la fluidité est à l’épreuve des balles, des explosions, des effets de lumière et des décors. Partout, les textures sont détaillées et aucun recoin n’est laissé à l’abandon. Une souci du détail qui permet l’immersion vers un scénario qui s’annonce plus alambiqué qu’il n’y paraît. Fort heureusement, les premières mièvreries de la scène d’introduction s’estompent vite. Le patriotisme premier degré et les faux questionnements sur la figure paternelle deviennent progressivement des interrogations bien futiles face à l’enjeu planétaire d’un danger bien ambigu.

multi call of duty advanced warfare

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Forces publiques, guerre privée

Toutes les nuances narratives de Call Of Duty : Advanced Warfare sont apportées par un homme, un leader dont le nom symbolise son entreprise tentaculaire accrochée aux gouvernements du monde entier. Cette homme, c’est Jonathan Irons. PDG d’Atlas, entreprise de sécurisation d’infrastructures vitales et énergétiques, il vient au secours physique comme mental de Mitchell. A la tête de son empire, Irons devient le dernier rempart contre le KVA, organisation terroriste anti-technologie. Le soldat devient le bras droit armé du businessman, fidèle puisqu’éternellement reconnaissant.

Grande attraction de cet opus, c’est l’acteur Kevin Spacey (Seven, Usual Suspects, House of Cards) qui prend en charge l’interprétation de Jonathan Irons. Une recrue de choix qui va de pair avec un soin tout particulier donné aux modélisations des visages. Les cinématiques d’introduction sont particulièrement frappées de ce travail titanesque, tant sur l’excellent interprète de Frank Underwood que sur l’ensemble des intervenants. En résulte une crédibilité toute naturelle des protagonistes d’Advanced Warfare, et surtout une humanité conservée dans ces temps où la machine prend presque le pas sur les individus.

Call Of Duty : Advanced Warfare choisit de placer sa narration sur le temps long. John Mitchell développe son corps autant que sa pensée sur près de 15 ans. Trois lustres durant lesquels le monde bascule de la peur à l’espoir, du public au privé. Les ennemis en sont, si ce n’est déshumanisés, aliénés de toute culture, de toute appartenance nationale. C’est à peine sur le nom « tchétchène » est prononcé pour décrire Hadès, leader des terroristes. Les intérêts défendus ou attaqués tiennent moins de la défense d’une frontière que de celle d’intérêts de grands groupes économiques.

C’est ce dernier point qui constitue le cœur de la morale de ce dernier volet. Le monde n’est plus voué au combat entre les nations, les cultures ou les religions. C’est le monopole économique, par extension militaire ou moral, qui décide du sort de la race humaine. Peu importe que ce destin soit fait de lumière ou de chaos, qu’il soit motivé par la vertu ou la cupidité. Advanced Warfare introduit un peu de complexité, d’aléa dans sa vision de la guerre. Sans que sa narration soit parfaite, encore bridée ça et là de raccourcis du bien-pensant et de rebondissements prévisibles, voici un effort (de guerre) louable.

solo call of duty advanced warfare

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Tous les chemins mènent à Rome

Une dizaine d’heures vous disait-on pour parvenir à ces conclusions. Une durée de vie solo honorable, qui s’étend face à la variation de l’expérience offerte au joueur. La campagne d’Advanced Warfare s’efforce de ne pas enchaîner les vagues d’ennemis bêtes et méchantes. Au gré des chapitres, le joueur est amené par plusieurs séances d’infiltration et d’espionnage à faire avancer le fil de l’action autrement qu’en déversant des millions de cartouches sur le béton fumant de Detroit ou de Bagdad. Vos talents de pilote seront même mis à rude épreuve dans des sitations de course de voiture, de bateau et d’avion inégales mais globalement plaisantes. Seuls les QTE déçoivent vraiment, aussi dispensables que souvent frustrants. Inattendus et particulièrement punitifs, ils coupent invariablement le rythme de scènes autrement agréablement dynamiques.

Côté environnements de jeu, le futur nous réserve logiquement une uniformisation urbaine rendant les villes traversées homogènes. Un choix balancé entre la cohérence de l’univers et des atmosphères dont on fait vite le tour, excepté certaines missions explorant d’inhospitaliers glaciers ou les canyons d’Irak. L’action alterne entre monde ouvert et environnement plus fermé, parfois au sein même d’une mission. Là où Advanced Warfare est intelligent, c’est qu’il conçoit des objectifs précis sans pour autant tomber dans la linéarité. Dans les situations d’urgence, quand les balles fusent et que la touche de sprint déguste, il existe toujours trois, quatre manières de traverser une ville, de parcourir un bâtiment. De quoi recommencer plusieurs fois la campagne sans revivre une deuxième fois le même enfer exactement.

Encore pour éviter l’écueil d’une campagne solo ne servant que de long tutoriel au multi, Advanced Warfare introduit un système d’arbre de compétences pour optimiser au mieux un Mitchell déjà bien équipé. Un double-enjeu, puisque les améliorations se débloquent par un quator d’objectifs à réaliser le long des missions. On y trouve l’élimination d’ennemis, un quota de tirs à la tête, de frags à la grenade et quelques dossiers secrets à récupérer. Le jeu en vaudra plus la chandelle pour les collectionneurs que pour les atouts en eux-même, trop discrets en combat pour faire l’objet d’un choix cornélien lors de la dépense des points glanés.

riot solo call of duty advanced warfare

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L’immobilisme, c’est la mort

Côté multijoueur, Call of Duty : Advanced Warfare emmène dans ses bagages quelques uns de ses héritages. On retrouve la nervosité caractéristique de la série, le système du « Pick Ten » de Black Ops II élargi à treize items. Trois emplacements bienvenus tant les contenus personnalisables sont légions dans cet opus. Entre les armes, l’exo-squelette, les grenades, les bonus et les jokers, tous divisés en sections principales et secondaires, la création de classe est loin d’être anecdotique et assure une vraie identité au joueur. Pas un hasard si plus d’une dizaine d’emplacements de sauvegarde sont disponibles. Sans compter que tout cela se fait sans mentionner les personnalisations d’apparence, où le joueur est libre de choisr un homme, une femme, son apparence et ses vêtements. Un détail agréable.

Une fois sa configuration favorite choisie, une douzaine de modes de jeu sont disponibles. Si certains font doublon, comme le mode « Domination » décliné sous plusieurs sauces sensiblement similaires, le menu servi est solide. Il permet même de se séparer, pour les plus réfractaires aux améliorations transhumaines, de son exo-squelette et de se mitrailler comme au bon vieux temps à la lunette métallique. Il est complété par une formule spécialement dédiée à l’eSport, avec mise en condition spéciale. Dernière touche appréciable pour les joueurs de meute, Advanced Warfare continue d’accentuer sa facette communautaire et dédie une partie de son interface à la gestion des clans et autres teams. Les puristes apprécieront.

Dans l’arène, le joueur est immédiatement plongé dans un monde barbare, brutal. Bourrin, carrément. La faute à des modes de jeu axés sur une proximité forcée avec les adversaires, parfois jusqu’à l’exaspération du spawn kill. Il faut bien composer avec un nombre de joueurs particulièrement limité : à peine une douzaine dans la plupart des modes de jeu, parfois un peu moins, parfois un peu plus. Activision ne cède pas aux sirènes de Battlefield, de ses randonnées et de ses cartes colonisées. Un parti pris qui a le mérite d’être immédiatement accessible. Les snipers devront toutefois troquer leur fusil contre un bon vieux fusil à pompe pour faire du « One Shot », à moins d’être particulièrement réactifs.

Le gameplay permet au néophyte de rapidement s’approprier les codes de ce dernier volet, et les maps sont assez naturelles pour y poser très rapidement ses repères. Leur ensemble est dans la continuité des environnements du mode solo. Le mouvement se révèle rapidement être la clef de la survie en multijoueur. C’est d’autant plus vrai que le double-saut permis par les exo-squelettes donne une verticalité bienvenue aux confrontations. Chaque recoin étant potentiellement (et aisément) accessible, les campeurs n’ont définitivement pas leur place dans Advanced Warfare. Cela tombe bien, personne ne les a jamais aimés.

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Notre note : 15/20

Oui, Call Of Duty a enfin passé le cap de la nouvelle génération. Advanced Warfare efface le décevant Ghosts en surprenant par une identité forte, une prise de risque certaine. Dans les faits, ce onzième volume est techniquement à la hauteur, propose le solo FPS le plus solide du line-up actuel et n’oublie pas de créer sa propre idée du multijoueur. S’il n’est pas exempt de tout défaut, comme des environnements de jeu somme toute assez répétitifs et cette satané impossibilité de jouer à quatre sur la même console (pourquoi tant de haine ?), il reste, plus qu’une simple confirmation, la réaffirmation d’un titre phare du monde du jeu vidéo. Étonnamment questionnant sur le plan narratif, Call of Duty : Advanced Warfare s’y distingue en mettant en scène ses personnages, de la manière que Heavy Rain ou The Last of Us. Une belle performance pour ce qui n’est « qu’un » FPS.

Robin Souriau

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