Interview

La musique dans toute sa richesse : Interview d’Issam Krimi

A l'occasion de la cinquième édition de l'événement Hip Hop Symphonique, Issam Krimi nous a accordé un entretien.

Issam Krimi
Le 7 novembre 2020 à 18h, l’Auditorium de Radio France à Paris accueillera pour la cinquième saison, le concert Hip Hop Symphonique. Organisé par Mouv’ et l’Adami. Le rendez vous est maintenu malgré les mesures sanitaire, sur l’antenne de Mouv et en live. Cet évènement réunit sur scène des artistes emblématiques du hip-hop francophone, ainsi que les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France et de The Ice Kream, sous la direction artistique d’Issam Krimi. A l’affiche, nous retrouvons Meryl, Passi, Lous and the Yakuza, Maes ainsi que Soolking.
Issam Krimi est un pianiste, compositeur, et producteur de musique français né à Aubervilliers. Il est passé par le Jazz. Aujourd’hui, il fait valoir son talent unique entre la musique à l’image et le monde urbain, notamment avec l’évènement Hip Hop symphonique. Nous lui avons posé quelques questions.
Pourrais-tu revenir rapidement sur ton parcours ?

Un jeune ayant aimé la musique, venant du conservatoire. J’ai eu une première vie dans le Jazz. J’ai ensuite bifurqué vers des choses qui me tenaient plus à cœur. Par amour amour des musiques populaires, je suis tombé dans le rap.

L’évènement Hip Hop Symphonique est né en 2016. Les éditions ont vu passer des artistes tels que Mc Solaar, Oxmo Puccino, Dosseh, Fianso, NinhoRim’K et SCH pour ne citer qu’eux. Pourrais-tu nous parler de la naissance de l’évènement et son évolution à travers les éditions ?

La naissance est survenue au moment où Radio France a fait un virage avec son antenne jeune. Passer d’une antenne principalement rock à une antenne principalement rap. C’est une belle maison, avec deux orchestres qui figurent parmi les plus importants du pays. C’était une volonté, avec le nouveau directeur de Mouv. Nous en avons discuté. Hip Hop symphonique m’a donné l’occasion de réunir plusieurs mondes au même endroit. Nous avons commencé avec des artistes patrimoniaux tels que MC Solaar, IAM, Arsenik. J’ai également eu envie que l’on soit au cœur de l’expression rap de maintenant. Et puis notre univers était de plus en plus en lien avec les artistes qui font la musique populaire d’aujourd’hui.

En images, quatrième édition.
Justement, cette direction que tu as prise en faisant le choix de travailler avec des artistes urbains, par quelle conviction a-t-elle été nourrie ? Quel est ton rapport au rap finalement ?

Les deux plus grands puristes de rap chez moi, ce sont mes frères. Si j’avais voulu ne pas écouter de rap dans ma vie, ça aurait été impossible. Ils écoutaient tout dans le rap français. Les deux albums de rap français que je dois connaitre par cœur doivent être : Première consultation de Doc Gynéco et Homicide Volontaire d’Assassin. Pour citer d’autres artistes, il y avait Oxmo Puccino, La Rumeur, La Caution, IAM… et bien d’autres. J’avais un autre frère qui écoutait beaucoup de rap américain.

Tu pourrais nous citer quelques noms pour le rap américain ?

Il y avait déjà le groupe The Roots, qui faisait le lien entre ce que je vivais en tant que musicien de Jazz, et le rap. Il y a eu aussi Busta Rhymes et Redman qui ont joué un rôle initiatique. J’ai toujours été un fan de pop, alors quand j’ai découvert Kanye West par exemple, ça m’a directement parlé.

On parlait tout à l’heure d’Oxmo Puccino, lui a aussi fait un virage musical. Quel est ton album préféré de l’artiste ?   

Moi je reste encore attaché à ’Opéra Puccino. Pour le grand public, il y a eu un grand virage Jazz de la part d’Oxmo. Mais quand j’écoute l’artiste, j’entends ce qu’il est, dans ses premiers albums comme dans ses plus récents. Sa personnalité et son art prennent le dessus. Cela se bonifie avec le temps. Je n’ai pas de sensation de “virage”. C’est un artiste qui voyage avec son art, et qui en dévoile plusieurs facettes. C’est ça que j’aime chez lui, il va à fond dans ses gouts du moment, avec sincérité et sensibilité.

Tout comme lui, tu as été fait chevalier des arts et des lettres en 2016, une distinction prestigieuse. Quelle a été ta réaction ?

Beaucoup d’émotions. Je l’ai inscrit dans une histoire personnelle. Mes grands-parents viennent des montagnes de Kabylie. Aujourd’hui, la république française qui reconnait mon travail. Donc je prends. 

Tu as produit pour des films. Tu as également démontré ton talent avec de la musique de théâtre, pour la pièce Gatsby le magnifique.  Peux-tu nous en parler ?

C’est grâce à une rencontre avec les équipes de France Culture et du festival d’Avignon. On m’avait appelé pour créer quelque chose de nouveau. Il n’y avait pas la démarche de se dire « le rap ça marche, on va appeler un rappeur ». Il y a eu une envie de faire rencontrer deux mondes, l’expression artistique des musiques dites urbaines, et celle du théâtre. On s’est dit qu’on allait adapter Gatsby, car c’est un personnage qui traverse le temps et qui raconte quelque chose d’aujourd’hui. C’est à ce moment là qu’on s’est dit qu’un rappeur serait génial, parce qu’il y avait une résonnance. En réfléchissant, je me suis dit que Sofiane était le meilleur pour jouer ce rôle. Je l’ai appelé, il a répondu plus que présent. De là est née une très belle aventure qui continue.

Pour revenir sur Hip Hop Symphonique, pourrais-tu nous parler d’une prestation qui t’a marqué ?

Il y en a eu deux. Celle de Bigflo et Oli, avec Je suis, un choix aussi créatif que réussi pour Hip Hop Symphonique. Il y a aussi eu la prestation de Rim’K avec Tonton du bled, à chaque fois que j’entends ce morceau, j’ai l’impression qu’on parle de ma famille. C’est une chanson populaires française importante. Après il y a des anecdotes pour chaque morceau, je prends le temps de discuter avec les artistes. J’ai envie qu’Hip Hop Symphonique soit une belle fenêtre sur l’univers de chacun. Après les prestations, je veux que ceux qui découvrent ces artistes aient envie de tout écouter. J’attache beaucoup d’importance à ce que l’événement ne les dénature pas.

BIGFLO & OLI : “Je suis” (live @ Hip Hop Symphonique)
Pourrais-tu nous parler de ta découverte d’un ou d’une des artistes présents sur la cinquième édition ? Pour rappel, il y a Meryl, Passi, Maes, Soolking et Lous and the Yakuza.

Je vais parler de Meryl, j’ai découvert son univers grâce à Ninho. La première personne qui m’a dit « Issam, écoute Meryl ça va te plaire » c’est Ninho. Il m’avait fait écouter AH LALA, La Brume n’était pas sortie. C’est drôle parce-que Ninho est plutôt timide, mais ce jour là il m’a dit « Issam je suis sûr que tu vas adorer ».

Issam Krimi, avec Ninho

Est-ce qu’il y a des artistes de tous genre avec qui tu aimerais collaborer ?

Beaucoup, même encore des artistes qui sont dans le milieu du rap. Pour l’instant je préfère garder la liste sous silence.

As-tu déjà songé à composer pour des artistes rap ?

Oui bien sûr, après c’est un souci de temps. J’ai beaucoup été pris par la musique à l’image notamment, et d’autres projets que j’ai pu monter. En ce moment Il y a des choses sur lesquelles il y a d’intéressantes discussions. Mais je crois avant tout aux rencontres, qui donnent naissance à la réalisation de créations originales. J’ai des envies d’aller écrire de nouvelles pages de l’Histoire de la musique populaire avec des rappeurs d’aujourd’hui, de participer à cette richesse que l’on côtoie tous les jours.

Youcef B

Youcef Benouada
Né le 21 Juin 2002 à Saint-Dié des Vosges

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